Les races existent-elles ? Le débat a été lancé suite à la tirade télévisée du chroniqueur-journaliste Éric Zemmour, qui a établi une distinction entre les Noirs et les Blancs en évoquant à leur propos l’existence de "différentes races humaines". Le thème du débat auquel il participait était "Demain, tous métis ?". Cela suggérait au moins que nous autres humains n’étions pas tous métis à l'heure présente, ce qui impliquait l'idée que les races existaient, comme l’a par la suite soutenu Zemmour en soulevant la polémique (puisque pour se métisser, il faut forcément qu’il y ait quelque chose à métisser, si j’ai tout suivi.)
Alors, d’où vient le problème ?
J’ai tenté de me renseigner. Divers amis chercheurs - des scientifiques - m’ont assuré que c'est "simple et compliqué à la fois". Ce type de réponse n’est jamais très bon signe. J’ai insisté. Les conclusions qui m’ont été données sont les suivantes : seules existeraient, pour les êtres humains, des "ethnies" ou des "types" ou encore des "groupes géographiques" de populations. Mais le concept de races, au sens où l'on parle de "races d’animaux", serait inexact pour la raison qu’il ne serait pas "pertinent". Certains disent ainsi qu'il n'y a qu'une seule race humaine.
Qui définit la pertinence de cette notion et en fonction de quels critères, ai-je demandé ? Eh bien, mes amis chercheurs ont hésité à me le signifier. J’ai cru comprendre que le taux de mélanine ne suffisait pas à déterminer une race, voilà tout.
Finalement, pourquoi pas ? Il me paraît conforme à l’histoire et à la logique que le sens du mot "race" - inventé avant que la génétique moléculaire s'occupe de tout régenter - ait évolué en fonction des découvertes scientifiques, jusqu'à (peut-être) totalement disparaître des gros ouvrages de nos savants les plus prestigieux. Peut-être, en effet, ce concept est-il à mettre au rang des vieilles habitudes mentales héritées d'un passé révolu.
Désirant malgré tout en savoir davantage, je me suis rendu sur ce bon vieux wikipédia, cette encyclopédie en ligne à la fois pillée et décriée par tout le monde, mais qui a souvent l’avantage de présenter tous les éléments d’une polémique, et ce faisant, de mettre en ligne l’état présent d'un dossier :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Race_humaine
J'y lis que la recherche actuelle "permet d'une certaine manière de définir des« races » au sein de l'espèce humaine, en se fondant sur la notion de population et les découvertes récentes en génétique. Les scientifiques préfèrent cependant user du terme de « groupe géographique », étendant la notion de population, le terme de race restant fortement connoté et pouvant prêter à confusion selon la définition utilisée."
Mes amis avaient donc raison. Enfin, presque. Car si j'ai bien lu wiki, il existe tout de même des races humaines, "d'une certaine manière". De quelle "manière" y en a-t-il ? De quelle "manière" n’y en a-t-il pas ? Retour à la case départ : "C’est simple et compliqué à la fois". Tout dépend. De quoi ? Des critères utilisés. De ce qu’on décide de mettre dedans. Que met-on dedans, que n’y met-on pas, et pourquoi ?
En tout cas, le dossier wiki nous montre que les scientifiques ont peur des "connotations" que suggèrent le mot "race". L’histoire du nazisme et la peur de sa résurrection ne sont sans doute pas étrangers à l’éclosion d’un tel sentiment. Seulement, je ne puis m’empêcher de me demander dans quelle mesure la "connotation" de tel ou tel mot entre dans le domaine de compétence des scientifiques qui, de surcroît, usent tous les jours, dans leurs publications, de notions philosophiques dont ils ne maîtrisent pas toujours, concédons-le, le sens littéraire ou philosophique profond.
Puisqu’il est question de sens, de concept et de langage, je me suis donc dirigé vers un dictionnaire éprouvé, celui de l’Académie française, qui n’est pas réputé pour plaisanter sur de tels sujets. Cet ouvrage définit ainsi le mot race :
"Lignée, ensemble des ascendants et des descendants d'une même famille".
Jusque là, ça va, l'acception paraît acceptable. Mais ce n’est pas ce dont parlait Zemmour. Le Dictionnaire présente toutefois une autre définition de la race. Pour l'Académie française, la race est également un "groupe d'individus qui se distingue d'autres groupes par un ensemble de caractères biologiques et psychologiques dont on attribue la constance, non pas à l'action du milieu, mais à une lointaine hérédité."
Nous voilà donc au seuil d'une aporie. L'Académie française semble légitimer l'usage d'un terme que les biologistes moléculaires ne trouvent au mieux justifié que "d'une certaine manière", et au pire, pas du tout.
Alors je suis allé voir ailleurs. J’ai parcouru divers sites étrangers. Et je suis tombé sur un article étonnant.
Aux États-Unis, on raconte l'histoire suivante, qui s’est déroulée à Bâton-Rouge, en Louisiane, durant l'été 2002. Le FBI, la police municipale et divers autres corps de police enquêtent alors sur trois meurtres imputés à un tueur en série. Se fondant sur un unique témoignage, le FBI se lance à la recherche d'un homme blanc.
Plus de 1000 européens sont priés de se soumettre à des test ADN. Sans résultat.
Le meurtrier frappe à nouveau. Le biologiste moléculaire Tony Frudakis propose ses services. Au mois de mars 2003, dans l'impasse, la police accepte son aide. Frudakis déclare pouvoir déterminer la race d'un individu grâce à son ADN. Incrédules (on le serait à moins, après avoir lu wikipédia), les policiers lui font passer un test. Vingt échantillons lui sont envoyés. Le biologiste détermine avec exactitude la race des 20 personnes qu’on lui soumet en aveugle.
Quelques semaines plus tard, Frudakis appelle la police : selon ses recherches le meurtrier ne peut en aucun cas être un homme blanc. C'est forcément un Africain ou un Caribéen. Le FBI élargit ses recherches et se met en quête d'éventuels suspects noirs. Ses soupçons se portent particulièrement sur Derrick Todd Lee, 34 ans, condamné pour viol et agressions violentes. La police l'interpelle et procède à des tests ADN. C'est lui le meurtrier. Il est Noir.
Hasard ? Coup de bol ? Imposture ? Pertinence ou non ? En tout cas, selon Fridakis, ses recherches sur l'ADN lui ont permis de constater qu'il était possible d'identifier les gens selon les critères généralement acceptés : Amérindiens, Indo-Européens, Sud-Asiatiques ou Africains. Le procédé qu'il a mis au point est intitulé DNAWitness (Témoin-ADN) et il a été utilisé dans près de 200 enquêtes criminelles.
Son travail est-il sérieux ? S'agit-il d'une réhabilitation larvée des races qui n’existent pas ? Est-ce la preuve que les races existent dans certains cas et pas dans d’autres ? Faut-il comprendre qu'au fond, toute notion doit être confrontée à la pratique et n'être justifiée que dans la mesure où elle correspond à des exigences concrètes ?
Avouons que ce débat est passionnant.
Alors, d’où vient le problème ?
J’ai tenté de me renseigner. Divers amis chercheurs - des scientifiques - m’ont assuré que c'est "simple et compliqué à la fois". Ce type de réponse n’est jamais très bon signe. J’ai insisté. Les conclusions qui m’ont été données sont les suivantes : seules existeraient, pour les êtres humains, des "ethnies" ou des "types" ou encore des "groupes géographiques" de populations. Mais le concept de races, au sens où l'on parle de "races d’animaux", serait inexact pour la raison qu’il ne serait pas "pertinent". Certains disent ainsi qu'il n'y a qu'une seule race humaine.
Qui définit la pertinence de cette notion et en fonction de quels critères, ai-je demandé ? Eh bien, mes amis chercheurs ont hésité à me le signifier. J’ai cru comprendre que le taux de mélanine ne suffisait pas à déterminer une race, voilà tout.
Finalement, pourquoi pas ? Il me paraît conforme à l’histoire et à la logique que le sens du mot "race" - inventé avant que la génétique moléculaire s'occupe de tout régenter - ait évolué en fonction des découvertes scientifiques, jusqu'à (peut-être) totalement disparaître des gros ouvrages de nos savants les plus prestigieux. Peut-être, en effet, ce concept est-il à mettre au rang des vieilles habitudes mentales héritées d'un passé révolu.
Désirant malgré tout en savoir davantage, je me suis rendu sur ce bon vieux wikipédia, cette encyclopédie en ligne à la fois pillée et décriée par tout le monde, mais qui a souvent l’avantage de présenter tous les éléments d’une polémique, et ce faisant, de mettre en ligne l’état présent d'un dossier :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Race_humaine
J'y lis que la recherche actuelle "permet d'une certaine manière de définir des« races » au sein de l'espèce humaine, en se fondant sur la notion de population et les découvertes récentes en génétique. Les scientifiques préfèrent cependant user du terme de « groupe géographique », étendant la notion de population, le terme de race restant fortement connoté et pouvant prêter à confusion selon la définition utilisée."
Mes amis avaient donc raison. Enfin, presque. Car si j'ai bien lu wiki, il existe tout de même des races humaines, "d'une certaine manière". De quelle "manière" y en a-t-il ? De quelle "manière" n’y en a-t-il pas ? Retour à la case départ : "C’est simple et compliqué à la fois". Tout dépend. De quoi ? Des critères utilisés. De ce qu’on décide de mettre dedans. Que met-on dedans, que n’y met-on pas, et pourquoi ?
En tout cas, le dossier wiki nous montre que les scientifiques ont peur des "connotations" que suggèrent le mot "race". L’histoire du nazisme et la peur de sa résurrection ne sont sans doute pas étrangers à l’éclosion d’un tel sentiment. Seulement, je ne puis m’empêcher de me demander dans quelle mesure la "connotation" de tel ou tel mot entre dans le domaine de compétence des scientifiques qui, de surcroît, usent tous les jours, dans leurs publications, de notions philosophiques dont ils ne maîtrisent pas toujours, concédons-le, le sens littéraire ou philosophique profond.
Puisqu’il est question de sens, de concept et de langage, je me suis donc dirigé vers un dictionnaire éprouvé, celui de l’Académie française, qui n’est pas réputé pour plaisanter sur de tels sujets. Cet ouvrage définit ainsi le mot race :
"Lignée, ensemble des ascendants et des descendants d'une même famille".
Jusque là, ça va, l'acception paraît acceptable. Mais ce n’est pas ce dont parlait Zemmour. Le Dictionnaire présente toutefois une autre définition de la race. Pour l'Académie française, la race est également un "groupe d'individus qui se distingue d'autres groupes par un ensemble de caractères biologiques et psychologiques dont on attribue la constance, non pas à l'action du milieu, mais à une lointaine hérédité."
Nous voilà donc au seuil d'une aporie. L'Académie française semble légitimer l'usage d'un terme que les biologistes moléculaires ne trouvent au mieux justifié que "d'une certaine manière", et au pire, pas du tout.
Alors je suis allé voir ailleurs. J’ai parcouru divers sites étrangers. Et je suis tombé sur un article étonnant.
Aux États-Unis, on raconte l'histoire suivante, qui s’est déroulée à Bâton-Rouge, en Louisiane, durant l'été 2002. Le FBI, la police municipale et divers autres corps de police enquêtent alors sur trois meurtres imputés à un tueur en série. Se fondant sur un unique témoignage, le FBI se lance à la recherche d'un homme blanc.
Plus de 1000 européens sont priés de se soumettre à des test ADN. Sans résultat.
Le meurtrier frappe à nouveau. Le biologiste moléculaire Tony Frudakis propose ses services. Au mois de mars 2003, dans l'impasse, la police accepte son aide. Frudakis déclare pouvoir déterminer la race d'un individu grâce à son ADN. Incrédules (on le serait à moins, après avoir lu wikipédia), les policiers lui font passer un test. Vingt échantillons lui sont envoyés. Le biologiste détermine avec exactitude la race des 20 personnes qu’on lui soumet en aveugle.
Quelques semaines plus tard, Frudakis appelle la police : selon ses recherches le meurtrier ne peut en aucun cas être un homme blanc. C'est forcément un Africain ou un Caribéen. Le FBI élargit ses recherches et se met en quête d'éventuels suspects noirs. Ses soupçons se portent particulièrement sur Derrick Todd Lee, 34 ans, condamné pour viol et agressions violentes. La police l'interpelle et procède à des tests ADN. C'est lui le meurtrier. Il est Noir.
Hasard ? Coup de bol ? Imposture ? Pertinence ou non ? En tout cas, selon Fridakis, ses recherches sur l'ADN lui ont permis de constater qu'il était possible d'identifier les gens selon les critères généralement acceptés : Amérindiens, Indo-Européens, Sud-Asiatiques ou Africains. Le procédé qu'il a mis au point est intitulé DNAWitness (Témoin-ADN) et il a été utilisé dans près de 200 enquêtes criminelles.
Son travail est-il sérieux ? S'agit-il d'une réhabilitation larvée des races qui n’existent pas ? Est-ce la preuve que les races existent dans certains cas et pas dans d’autres ? Faut-il comprendre qu'au fond, toute notion doit être confrontée à la pratique et n'être justifiée que dans la mesure où elle correspond à des exigences concrètes ?
Avouons que ce débat est passionnant.